Le Pont du Gard intègre la nouvelle « Route antique de l’Europe du Patrimoine Mondial » créée par l’Unesco. Enjeux, objectifs, intérêts : les explications de cette intégration avec Sonia Sabatier, Chargée du projet à l’EPCC Pont du Gard.

Sonia Sabatier

Choisi par l’UNESCO pour intégrer l’une des quatre «Routes du patrimoine mondial de l’Europe», le Pont du Gard fait partie des 8 sites* sélectionnés pour l’itinéraire « l’Europe Antique Patrimoine Mondial  ». Destiné à promouvoir le tourisme durable de certains sites remarquables, ce nouvel itinéraire vise également à inciter les visiteurs à rayonner sur un territoire et à améliorer leurs expériences tout en contribuant à la sauvegarde d’un patrimoine architectural et naturel exemplaire.

Véritable plongeon dans la Romanité et la culture de l’Occitanie, le Pont du Gard s’inscrit désormais comme l’unique site antique en France de cette nouvelle route touristique, formalisée depuis le 15 septembre sur la plateforme numérique www. visitworldheritage.com. 

Le Blog : Pourquoi le Pont du Gard est-il le seul site antique français intégré à cette nouvelle route touristique ?

Sonia Sabatier : Le critère d’éligibilité pour intégrer la route de « L’Europe Antique », outre la nature antique des biens, leur inscription par l’UNESCO et leur Valeur Universelle Exceptionnelle, était la démarche en faveur du développement durable. Le site du Pont du Gard, détenteur depuis 2004 du Label Grand site de France délivré par le Ministère de l’Écologie et du Développement durable, a été considéré comme exemplaire. Par ailleurs, le Pont du Gard est le témoin d’une ingénierie qui n’existe pas ailleurs : il est le seul aqueduc du circuit.

Le Blog : Quels sont les objectifs de ces nouvelles routes Unesco dont le Pont du Gard fait partie ?

Sonia Sabatier : Le programme « Les Routes du patrimoine mondial de l’Europe» est un projet d’envergure mené par l’Unesco avec le soutien de la Commission Européenne. Les objectifs sont multiples : le visiteur est invité à plonger dans une culture spécifique et à rayonner autour du site pour appréhender son histoire. Il  s’agit de faire évoluer les pratiques autour d’un tourisme plus noble. Il s’agit également de favoriser l’implication du territoire et le développement du tissu local. A court terme, d’être un véritable modèle pouvant être prolongé ou transposé dans d’autres pays, d’autres sites.

Le Blog : Cette nouvelle route ouvre-t-elle de nouveaux horizons au site du Pont du Gard ?

Sonia Sabatier : Pour assurer à ces routes touristiques Unesco une visibilité à l’échelle internationale, le projet a réuni National Geographic et Solimar International, une agence d’ingénierie en tourisme qui a travaillé sur les comportements des touristes asiatiques et nord-américains. Les sites étapes de chaque route acquièrent indéniablement une visibilité accrue au regard de ces marchés porteurs sous un angle qualifié.

Le Blog : Parlez-nous de cette nouvelle offre touristique ?

Sonia Sabatier : Elle prend forme sur une plateforme numérique (site internet et application mobile) baptisée World Heritage Journeys [Sur la route du Patrimoine mondial]  disponible en anglais, français et chinois. Elle présente 34 sites du Patrimoine mondial répartis dans 19 pays de l’Union européenne.

Pour le Pont du Gard, comme pour chaque site élu, l’objectif est d’accompagner le visiteur, de lui faire vivre et partager une expérience, de lui donner des conseils de visite et de l’aider à composer un circuit personnalisé.  Dans ce concept de route thématique, il ne s’agit plus seulement de découvrir un monument, mais de proposer une réelle dynamique de découverte entre des sites connus et moins connus en Europe.

Sur place, c’est une nouvelle manière de voir et de percevoir le Pont du Gard, en se laissant le temps de l’appréhender dans son environnement, de participer à la vie locale et de découvrir les savoir-faire des autochtones. La route antique qui s’arrête au Pont du Gard pointe vers tous les sites en lien avec son identité et est également la porte d’entrée dans une région solaire, l’Occitanie. Sur le circuit de l’aqueduc, les visiteurs peuvent découvrir les Gorges du Gardon, déambuler sur le marché d’Uzès, parce que la découverte d’un terroir passe toujours par un coup de fourchette, ou encore arpenter les petits villages cachés, façonnés par les locaux. A ces découvertes s’ajoutent des expériences à vivre et à partager comme le spectacle des Féeries, les balades en ballon ou des descentes en canoë.

Le Blog : Comment le Pont du Gard s’est-il engagé dans le tourisme durable ?

Sonia Sabatier : La démarche n’est pas nouvelle : nous mettons en œuvre des actions en faveur d’un tourisme plus respectueux de la nature depuis l’aménagement du site. Nous veillons à redonner de l’éclat au monument, de le resituer dans son écrin naturel, de permettre la connaissance de ce bien à nos différents publics, de respecter les us et coutumes de la région, d’intégrer les locaux, de développer l’emploi et l’économie locale. Il s’agit aussi d’accompagner le public, d’être à son écoute, de s’adapter ou d’anticiper l’évolution des comportements. Le but n’est pas d’accroître le tourisme mais de le rendre plus qualitatif : nous sommes passés de 30 minutes de temps de visite dans les années 90 à 2h30/3h aujourd’hui. Le tourisme durable implique de prendre le temps, de partager des découvertes et des expériences, d’arrêter de courir pour profiter de son voyage.

*le site archéologique d’Olympie et le sanctuaire d’Asclépios d’Epidaure en Grèce, l’ensemble archéologique de Tarragone en Espagne, la Plaine de Stari Grad en Croatie, l’ancienne Cité de Nessebar en Bulgarie, les monuments romains de Trèves en Allemagne et la Zone archéologique et la basilique patriarcale d’Aquilée en Italie et le Pont du Gard.

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Visiter la plateforme : https://visitworldheritage.com/fr/eu