Le site du Pont du Gard soutient la candidature de la Ville de Nîmes à l’UNESCO. Pour comprendre le projet et ses enjeux, le Blog du Pont du Gard vous propose un entretien avec Mary BOURGADE, Adjointe au Maire Déléguée à la promotion touristique du Patrimoine et en charge du dossier UNESCO. 

MARY BOURGADE

Depuis quand travaillez-vous à ce projet de candidature à l’inscription de la Ville de Nîmes au Patrimoine Mondial de l’Unesco, quelles ont été les étapes décisives ?

Nous avons commencé à travailler dans cette perspective dès 2001, mais c’est véritablement depuis 2011 que nous portons la candidature sous l’intitulé « Nîmes l’Antiquité au présent », date de la première audition devant le Comité National des Biens Français du Patrimoine Mondial pour figurer sur la liste indicative de l’Etat français. Cette première étape permet de débuter la candidature, ensuite nous avons franchi avec succès d’autres étapes importantes devant le même comité : la validation de la Valeur Universelle Exceptionnelle en 2014, celle du Périmètre en 2015 et en 2016 la dernière audition, celle du plan de Gestion. L’Etat français a déposé le dossier définitif de candidature auprès du centre du Patrimoine mondial en janvier 2017.

A quelle date précisément aurez-vous la réponse de l’Unesco et qui compose le jury ?

Nous aurons la réponse cet été, entre le 24 juin et le 4 juillet 2018, lors de la 42e session du Patrimoine Mondial qui se tiendra cette année à Manama au Bahreïn.

Le comité du Patrimoine Mondial se compose de 21 états membres dont l’Espagne, le Brésil, la Norvège, la Chine, le Koweit, la Tunisie, L’Australie, l’Ouganda, le Burkina Faso…

Le dossier de candidature se présente sous l »intitulé « Nîmes, l’antiquité au présent », pouvez-vous nous expliquer cette notion et sur quelle portion de patrimoine de la ville portera la Valeur Universelle Exceptionnelle ?

La ville de Nîmes s’est nourrie et a mis en scène les monuments romains qui structurent son espace urbain au même titre qu’ils ont influencé l’architecture. Construite et aménagée dans sa référence à l’antiquité, à l’échelle d’un ensemble urbain exemplaire par l’unité et la continuité de son expression architecturale et urbanistique.

Nîmes offre un exemple éminent d’une ville façonnée jusqu’à nos jours par son héritage antique. Cette influence est perceptible sur l’architecture depuis le 12e siècle avec la Cathédrale Notre Dame Saint Castor, puis les Hôtels particuliers et les immeubles privés et publics du centre-ville, mais aussi sur la forme originale de l’espace urbain qui s’est structuré, ouvrant des perspectives et créant de grands axes prenant appui sur les monuments romains.

Nîmes conserve un ensemble monumental antique particulièrement évocateur de la civilisation romaine aux premiers temps de l’Empire. La Maison Carrée est le plus ancien et le mieux conservé parmi tous les temples consacrés au culte dynastique. L’amphithéâtre est l’un des plus complets et parfaitement conservé. Le décor intérieur du Temple de Diane donne l’idée la plus précise de ce que pouvait être l’ordonnance et l’ornementation internes des temples romains de l’époque augustéenne. Enfin, le Castellum aquae, château d’eau autrefois alimenté par l’aqueduc de Nîmes dont fait partie le superbe Pont du Gard, apparaît comme un précieux témoignage de l’hydraulique antique et l’on ne connaît pas d’ouvrage analogue dans les provinces occidentales de l’Empire. En outre, ces monuments et l’ensemble des vestiges urbains et domestiques ont eu une influence telle que Nîmes s’affirme clairement comme une ville patrimoniale conçue avec ces édifices, sources de son développement urbain et de son identité. C’est donc bien un centre urbain qui candidate au patrimoine mondial pour son exemplarité et non pas les seuls monuments romains.

Quels efforts structurels avez-vous dû opérer à Nîmes pour atteindre le niveau requis pour l’inscription ?

D’abord c’est l’extraordinaire mobilisation de tous les services de la Ville de Nîmes et leurs partenaires qu’il faut saluer pour l’élaboration du dossier et du plan de gestion qui doit permettre de pérenniser notre patrimoine, l’étudier, le valoriser et le transmettre. La gestion est capitale, le travail effectué à Nîmes ces dernières années de restauration, de réhabilitation de l’espace public ainsi que la création d’un outil de médiation comme le Musée de la Romanité au cœur de la ville sont des éléments forts à mettre au profit de la candidature.

Comment mesurez-vous l’engouement autour de cette candidature ?

Nous avons avec le Maire Jean-Paul Fournier organisé une grande soirée autour de la candidature l’année dernière ; avec les représentants du Ministère de la culture, l’ambassadeur de France auprès de l’Unesco et les membres du Comité scientifique dont l’académicien Pierre Gros. La soirée fut un succès, la salle du Parnasse était comble et les nîmois enthousiastes !

Les soutiens ont vite afflué, et le compteur sur le site internet entièrement dédié à la candidature UNESCO frise aujourd’hui les 50 000 signatures. C’est donc une candidature de territoire qui mobilise aujourd’hui, non seulement le grand public mais également des acteurs du monde économique, associatif et culturel de la Ville.

Le Pont du Gard est inscrit sur cette liste prestigieuse depuis 30 ans, en cas d’accès à cette reconnaissance pour Nîmes, ce que tout le monde souhaite, y aura-t-il des passerelles, ainsi qu’avec d’autres sites Unesco ?

Oui, une candidature doit se penser en réseau, c’est capital. De plus, nous avons en Occitanie la chance d’être la région la plus riche en sites inscrits sur la liste du Patrimoine Mondial. Et puis naturellement Nîmes et le Pont du Gard ont une histoire commune, et il est important de capitaliser notre potentiel d’attractivité en direction d’un public international.

Quelles sont vos estimations en termes de retombées économiques pour la ville et le territoire ?

L’Unesco et plus précisément la chaire tourisme Unesco à la Sorbonne évoque le chiffre de  30 % de visiteurs supplémentaires. En effet, l’inscription au Patrimoine mondial permettrait d’accroitre de manière significative le rayonnement de la Ville aux yeux de touristes étrangers et offrirait à Nîmes un afflux touristique supplémentaire. Ce qui constitue un élément important de la vitalité économique d’un territoire.

Par ailleurs, avec cette inscription, Nîmes deviendrait bien plus visible auprès des touristes internationaux dont certains ne voyagent qu’en fonction de la liste des sites inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Ce classement apportera, de ce fait, à la ville une aura internationale encore plus large que celle dont elle dispose déjà.

Mais Nîmes a avant tout à cœur de valoriser sa grande capacité d’accueil afin de pouvoir partager et mettre en valeur son patrimoine historique aux yeux du monde entier !

 

Soutien à la candidature de Nîmes à l’Unesco